1- Saint Paul, une vie missionnaire enracinée en Dieu Trine : Père, Fils et Esprit-Saint

[Une méditation pour le temps de l’Avent 2008]

 

« La place de la femme dans les communautés fondées par Saint Paul », aurait pu être un bon sujet pour cet entretien avec vous, mes chères Sœurs, Religieuses dans Lomé. Vous convenez avec moi que Paul dit beaucoup plus aux femmes et de femmes dans ses lettres que de se soumettre à leurs maris ! Puisque j’avais le choix, merci à Sr Viky Ulate, FMA, j’ai plutôt opté pour partager avec vous l’expérience de Dieu de Paul, Dieu qui est Père, Fils en Jésus Christ et Esprit Saint, en cette année dédiée à saint Paul. Et ceci surtout en ce temps de l’Avent où nous veillons, avec l’Eglise, pour que naisse et grandisse en nous l’Esprit du Fils du Père. En faisant route ainsi avec Paul, nous n’allons pas nous contenter d’un passé et d’une histoire de vie d’un grand homme, mais nous en servir pour voir de près certains aspects de notre propre vie d’aujourd’hui.

 

« Paul, saint (v.5-65 apr. J.-C.), premier missionnaire du christianisme auprès des païens et son premier théologien, appelé l'apôtre des Gentils », le définit ainsi l’Encyclopédie ENCARTA. Né dans une famille juive très pieuse à Tarse (aujourd'hui en Turquie), Paul fut prénommé Saül, du nom de l'ancien roi hébreu. Il fut circoncis le huitième jour, comme l'exige la loi juive (Torah) et son éducation fut en tous points conforme à l'interprétation pharisienne de la loi. Les Épîtres de Paul reflètent une grande connaissance de l'art de la rhétorique grecque, apprise sans doute durant sa jeunesse à Tarse. Son raisonnement montre aussi qu'il fut formé dans la plus pure tradition de la loi juive, en vue de devenir rabbin, auprès du grand maître Gamaliel à Jérusalem. Selon ses propres dires (Ga,1 : 14; Ph, 3 : 6), il avait une parfaite connaissance de la loi juive, et son zèle le conduisit à persécuter l'Église naissante des chrétiens, qu'il considérait comme une secte juive dissidente qu'il fallait éliminer (Ga, 1 : 13). Il ne s’est pas marié (1 Co 9,5) ou s’il a été marié, il est veuf. Il a aussi appris un métier: l’art de fabriquer des tentes. C’était là une tradition, dans les milieux rabbiniques, d’apprendre aussi un métier pour subvenir à ses propres besoins.

 

Paul se convertit au christianisme après avoir eu une vision du Christ sur la route qui le menait de Jérusalem à Damas (Ac, 9 : 1-19; 12 : 5-16; 26 : 12-18). Il n'utilise pas, pour qualifier son expérience, le terme de «conversion», qui exprime l'idée d'un changement de religion; il considère que la révélation de Jésus-Christ est l'accomplissement de la religion juive. Il parlera plutôt de l'appel que Dieu lui a adressé et d'une révélation de Jésus-Christ. Il considère cet appel à devenir chrétien comme inséparable de l'appel à porter la parole aux Gentils. Il reconnaît la légitimité de l'évangélisation des juifs entreprise par Pierre, mais il est convaincu que le christianisme s'adresse à toutes les nations de la terre (les juifs et les païens) et que le message de Dieu doit se propager indépendamment de la référence à la loi juive.

 

Est‑il étonnant alors que Paul ait fait le lien entre cette « révélation » et sa vocation d'apôtre des nations ? (Rm 11, 13). En tout cas, c'est ce qu'il voit nettement après coup : Dieu lui avait révélé son Fils exprès pour qu'il l'annonce parmi les nations ? D'ailleurs « aussitôt » il partit « en Arabie ». Paul obéit immédiatement à l'ordre missionnaire inclus dans la vision. Sa mission était semblable à celle du prophète Jérémie, mis à part dès le sein de sa mère comme « prophète pour les nations » (Jr 1, 5), et à celle du Serviteur auquel le Seigneur avait dit : « C'est trop peu que tu sois mon serviteur pour rassembler les tribus d’Israël, je ferai de toi la lumière des nations, afin que mon salut parvienne aux extrémités de la terre » (Is 49, 6). C’est la communauté d’Antioche qui envoie Barnabé et Paul pour le premier voyage missionnaire (Ac 13), après les années dites « obscures ».


La vie de Paul peut être résumée en ces quatre grandes étapes, ou quatre périodes : 1) de la naissance à l’âge de 28 ans (le Juif pratiquant), 2) de 28 à 41 ans (l’ardent converti), 3) de 41 à 53 ans (le missionnaire itinérant), et 4) de 53 ans à sa mort à 62 ans (le prisonnier – quatre ans, et l’organisateur des communautés – cinq ans). Deux traits caractérisent la vie de l’apôtre Paul : il fut un grand voyageur, et il est l’auteur d’un grand nombre de lettres. Ces deux traits sont d’une certaine manière liés. En voyageant, Paul a fondé ou aidé des communautés, et nous disposons des lettres adressées à ces communautés : Ephèse et Colosse en Asie mineure, Philippes ; Thessalonique en Macédoine, Corinthe en Grèce, Rome en Italie. A celle-ci il faut ajouter des lettres écrites à des Pasteurs de l’Eglise – Philémon, Timothée, Tite.

 

Voilà donc, en résumé, la biographie de Paul. Nous ne pourrons pas tout voir dans l’espace d’une heure, mais voyons l’expérience fondamentale de Paul vis-à-vis de Dieu, et Dieu Trinité:

 

Dieu est Père pour Paul

 

Paul fut toujours un homme profondément religieux, un juif pratiquant jusqu’à l’âge de 28 ans, irréprochable dans la plus stricte observance de la Loi (Ph 3 :6). Pour défendre ces traditions, il a même persécuté les chrétiens (A 26 :9-11). En un mot, Paul cherchait à incarner l’idéal de la religion de ses pères. Quel était cet idéal ? A l’origine du peuple juif il y a l’Alliance, qui comporte deux aspects complémentaires. D’une part, Dieu dans sa bonté, prend l’initiative de l’Alliance et sans que le peuple l’ait aucunement mérité, Il l’accueille et le justifie (Ex 19 :4 ; Dt 7 : 7-8). C’est la gratuité ! D’autre part, le peuple, une fois acceptée l’offre de Dieu, doit respecter les clauses de l’Alliance et réaliser la justice (Ex 19 :5-6). C’est l’observance ! Gratuité et observance ! (Deux côtés d’une même médaille, et une tension que nous vivons encore aujourd’hui : don de Dieu et effort de l’homme, providence divine et efficacité humaine, foi et politique, fête et lutte, rêve et planification). Un seul côté sans l’autre, l’Alliance serait incomplète.

 

            Au temps de Paul, on insistait sur l’observance. Cet idéal de l’observance, qui avait marqué la vie du peuple depuis la reforme d’Esdras en 398 avant J.C. (Ne 8 :1-18), perdait peu à peu son sens. L’observance ne laissait plus de place à la gratuité. Les gens avaient oublié la miséricorde (Mt 9 :13). Pour Paul, le pharisien, ardent juif, c’était bien clair : si j’observe le Loi, je suis en droit d’exiger de Dieu la récompense promise, c'est-à-dire, la justice, le salut !

 

            Sur la route de Damas, soudainement, sans aucun effort de sa part, Paul reçoit, par grâce, précisément ce que 28 ans d’efforts n’ont pu lui obtenir : la certitude que Dieu l’accueille et le justifie (Rm 3 : 19-24). Dieu lui montre son amour alors que lui, Paul, est « un blasphémateur, un persécuteur et un insulteur » (1 Tm 1 :13 ; Rm 5 :20). La grâce plus abondante de Dieu est si éblouissante que Paul en reste aveugle ! Elle dépasse l’idée qu’il se fait de Dieu et cela provoque la rupture. Désormais Paul ne peut plus compter su ce qu’il fait pour Dieu, mais seulement sur ce que Dieu fait pour lui. Il ne place plus sa confiance dans l’observance de la Loi, mais dans l’amour de Dieu pour lui (Ga 2 :20-21 ; Rm 3 :21-26).

 

            La gratuité ! Voilà la clé de l’expérience de Paul sur la route de Damas, qui renouvela de l’intérieur sa relation à Dieu.  Dorénavant, cette expérience de la gratuité de l’amour de Dieu orientera la vie de Paul et le soutiendra dans les crises qui viendront. Avant Paul révérait un Dieu lointain qu’il cherchait à atteindre par l’observance de la Loi et de la tradition des Anciens ; il ne pensait qu’à lui-même et à sa propre justification. Maintenant, se sachant accueilli et justifié par Dieu, il peut oublier sa propre justification pour ne penser qu’aux autres et les servir dans l’amour, « qui est la plénitude de la Loi » (Rm 13 :10)

 

            La conversion au Christ a représenté un changement profond dans la vie de Paul, mais elle n’a pas signifié un changement de Dieu. En devenant chrétien il ne cessait pas pour autant d’être Juif. Au contraire ! Il devenait plus Juif qu’avant, puisque c’était pour être fidèle à l’espérance de son peuple qu’il acceptait Jésus comme le Messie. Il reconnaissait en Jésus le oui de Dieu aux promesses qu’Il avait faites à son peuple (2 Co 1 :20).

 

            C’est cette conviction qui le pousse à écrire : « Rien ne pourra nous séparer de l’amour de Dieu » (Rm 8 :35). Rien, absolument rien ! Et Paul précise : « La tribulation, l’angoisse, la persécution, la faim, la nudité, les périls, le glaive, la mort, la vie, les anges, les principautés, le présent, l’avenir, les puissances, la hauteur ou la profondeur… », rien ne pourra le séparer de l’amour de Dieu manifesté dans le Christ Jésus (Rm 8 :35-39). Dans cette énumération exhaustive nous touchons la racine de la conviction de Paul, la source de sa résistance, le puit où il boit. Personne ne pourra l’accuser, puisque c’est Dieu qui l’accueille, le défend et le justifie (Rm 8 :33). « Si Dieu est avec nous, qui sera contre nous ? » (8 :31).

 

Paul enseigne que ce qui compte d'abord dans notre rapport avec Dieu, ce n'est pas la morale,  mais la grâce de Dieu lui-même, en Jésus Christ. Je deviens juste devant Dieu non pour ce que je fais « moi », mais pour ce que Dieu a fait pour moi en Jésus Christ. Et la foi est l'acceptation de ce don de grâce qui m'est offert.  Dieu devient Père, et en Jésus Christ, nous devenons tous des frères et un peuple des fils. Et c’est l’Esprit du Fils qui pousse en nous le crie : ‘Abba, Père’ (Rm 8 :15). Cet enseignement de saint Paul s'oppose à la conception selon laquelle c'est « moi » qui construit ma justice, ma sainteté devant Dieu. Je la construis à travers ma morale, mon comportement, mon éthique et en observant les commandements. Cette conception est une position très répandue qui met en première place la morale. Mais, prise à la lettre, ce n'est pas la bonne.

 

Une phrase de Martin Luther, que nous pouvons partager, explique bien ce concept : « Ce n'est pas en faisant des choses justes que nous devenons justes. Mais si nous sommes justes nous faisons les choses justes ». Le trait moral, opérationnel, de l'action, est donc secondaire par rapport à la dimension du fait d' « être », qui le précède et qui est fondamental.  

 

« Etre en Jésus Christ » et recevoir la bienveillance de Dieu à travers Jésus Christ, est indépendant de ma moralité qui, justement parce que « je vis » « l'être en Jésus Christ », sera certainement en phase avec cette merveilleuse réalité.  Voilà le point essentiel. L'élément phare du courant paulinien.