L'histoire de la prière de Paul

Cardinal Martini

 

Il ne m'a pas été facile de retracer une histoire de la prière de l'apôtre. Certes, il parle beaucoup de la prière. Mais rien de systématique, d'autobiographi­que, comme chez Thérèse d'Avila, Thérèse de l'Enfant Jésus ou d'autres saints qui nous ont laissé un véritable itinéraire, au sens propre.

J'ai donc relevé certaines données, à mon avis importantes, qui me permettront de retenir quatre moments dans son rapport à la prière.

 

1. Il prie et enseigne la prière dans toute sa vie : Nous pouvons regarder presque comme une icône les versets 36‑37 du chapitre 20 des Actes : « Après ces paroles, il se mit à genoux avec eux et pria. Tous éclatèrent en sanglots et se jetèrent au cou de Paul pour l'embrasser. » Il prie devant tous et il leur apprend à prier, en suscitant une grande émotion. Il nous est facile d'imaginer ce moment de prière en commun. Nous sommes à Milet, les Anciens d'Ephèse sont ras­semblés et Paul vient de leur annoncer sa décision « d'aller à Jérusalem sans savoir ce qui lui arrivera » (v. 22). C'est un grand moment de prière dans la communion, l'émotion, le partage.

 

2. Il nous offre de nombreux moments de prière de louange et d'action de grâces : Pratiquement, il n'y a aucune de ses lettres qui n'en comporte pas, et cela dès la première, la plus ancienne, la lettre aux Thessaloniciens :« Nous rendons continuellement grâce à Dieu pour vous tous, quand nous faisons mention de vous dans nos prières. Sans cesse, nous gardons le souvenir, devant Dieu notre Père, de votre engagement dans la foi, de votre activité dans la charité et de votre espé­rance persévérante en notre Seigneur jésus Christ » (1 Th 1, 2‑3).

L'une des prières de louanges, qui m'est peut‑être la plus chère et que je répète le plus volontiers, se trouve au début de la seconde lettre aux Corin­thiens : « Béni soit Dieu, le Père de notre Seigneur Jésus Christ, le Père des miséricordes et le Dieu de toute consolation. Il nous console dans toutes nos détresses pour nous rendre capables de consoler ceux qui sont dans la détresse, par la consolation que nous‑mêmes recevons de Dieu » (l, 3‑4).

Des épreuves et des détresses, il tire une raison pour chanter la louange du Seigneur.

 

3. La prière de Paul en arrive à s'élever à une prière cosmique : Il rend grâce pour l'univers, en élargissant sa contemplation à la totalité du mystère de Dieu.

       Il ne reste pas enfermé dans une circonstance, ni lié à une situation, à un aspect de la réalité. Il part d'une circonstance ou d'une situation et ouvre toute grande sa prière de louange à l'immensité du mys­tère. « Béni soit Dieu, le Père de notre Seigneur Jésus Christ. II nous a bénis de toute bénédiction spirituelle dans les cieux, en Christ. En lui, il nous a choisis avant la création du monde... » (Ep 1, 3‑4a).

Et il continue en contemplant l'œuvre du salut jusqu'au verset 15, où il redescend à la commu­nauté : « Voilà pourquoi, moi aussi, depuis que j'ai appris votre foi dans le Seigneur Jésus et votre amour pour tous les saints, je ne cesse de rendre grâce à votre sujet lorsque je fais mention de vous dans mes priè­res. »

Elle est vraiment très belle cette prière qui n'oublie pas la communauté, mais la situe dans le cadre du merveilleux et immense dessein de Dieu, de la volonté de Dieu : ce pour quoi le Seigneur nous a créés, ce qu'il entend faire de nous.

Cela me rappelle le premier point de l'examen de conscience proposé par Ignace de Loyola, dans son petit livre des Exercices spirituels : « Remercier Dieu pour les bienfaits reçus » (§ 43), dans une perspective d'ensemble qui, partant de notre vie, les resitue dans le grand projet de Dieu qui nous a tant aimés ».

 

4. Paul met aussi en pratique la prière apostolique, la prière appliquée aux besoins propres de son peu­ple. A ce sujet, nous pouvons revenir à la lettre aux Ephésiens. A partir du verset 17, en effet, nous découvrons ses intentions apostoliques : «Que le Dieu de notre Seigneur Jésus Christ, le Père à qui appartient la gloire, vous donne un esprit de sagesse qui vous le révèle et vous le fasse connaître en vérité. »

C'est un type de prière qu'il réclame pour aussi : « Je vous exhorte, frères, par notre Seigneur Jésus Christ, à combattre avec moi par les prières que vous adressez à Dieu pour moi, afin que j'échappe aux infi­dèles de Judée et que les secours que je porte à Jéru­salem soient bien accueillis par la communauté de ce pays » ‑ concrètement, il demande des prières pour son voyage à Rome ‑  « ainsi je pourrai arriver chez vous dans la joie, si Dieu le veut, et me reposer parmi vous. Que le Dieu de la paix soit avec vous tous. Amen» (Rm 15, 30‑32).

Ces quatre moments de la prière de l'apôtre Paul ne sont pas organisables en un itinéraire précis. Ils montrent cependant combien elle s'élevait par divers degrés et sous diverses formes, toujours avec un élan vraiment extraordinaire.