Thomas, notre jumeau !

Thomas a un surnom le jumeau. Il est notre double, en effet : il nous ressemble comme un frère. Combien de fois, en une vie, n’aurons-nous pas dit : « Ce serait trop beau pour être vrai ! »  Et nous aussi comme Thomas, nous voulons nous accrocher à des évidences de peur d’être déçus.

 

Mais, seul celui qui a vu un jour s’effondrer tous ses rêves peut comprendre l’immensité de la douleur de Thomas…

 

Thomas avait mis en Jésus sa raison d’être. Il s’était senti soulevé par un espoir comme une voile gonflée par le vent. En fin, la vie avait un goût d’éternité ! Enfin, cela valait la peine de vivre. Il était le disciple d’un homme qui savait rendre leur sens aux êtres, aux mots, aux choses, aux événements, à Dieu… Jésus avait su le faire rêver à un monde nouveau où l’homme ne serait plus un loup pour l’homme. Chaque fois qu’il parlait, autour de Lui se levaient la joie et l’espoir. Avec Lui, l’avenir avait un but. Et voilà que ce Jésus meurt ! Et pas de n’importe quelle mort ! Le supplice infamant, une mort qui en ce temps-là disqualifiait toute une vie, on ne prononce plus le nom d’un crucifié. Il fut victime du complot le plus malsain. Tout ce que l’homme compte de laideur, de cruauté, de bêtise, s’est acharné contre Lui…

 

Thomas est là, traînant sa peine, ruminant sa colère, prostré, écoeuré. A vrai dire, ce qu’il éprouve n’a pas de nom : c’est un mélange de déception, de dégoût et d’amertume. Entre la cruauté des ennemis et sa propre lâcheté, il ne reste donc plus rien. Tout est pourri en ce monde. Thomas, comme tant de nos contemporains déçus par les valeurs ou les idoles qui les ont trahis, n’a plus que deux solutions : le désespoir ou la fuite dans l’activisme. Mourir ou oublier. Disparaître ou se faire une peux de rhinocéros.

 

Aujourd’hui, Thomas n’en croit pas son cœur. Sa joie présente est à la démesure de sa souffrance passée. Jésus est vivant. Non pas qu’il ait échappé à la mort, qu’un sosie ait été arrêté et exécuté à Sa place, comme le disent les textes coraniques… Non. « Il est sorti du tombeau. » Il es passé au travers de la mort. Ce que Thomas retrouve est infiniment plus beau que ce qu’il avait perdu. Il perdait un Maître, il retrouve un ami et un Dieu ! La mort de Jésus avait frappé de nullité Son message. Un Messie ne peut pas mourir crucifié. Sa Résurrection lui apporte une signature divine.

 

« Tu veux voir, Thomas ? Viens, regarde :

Je t’ai gravé sur la paume de Mes mains…

Tu veux toucher, Thomas ? Mets tes doigts dans mes plaies encore ouvertes.

Pour qu’il y ait une greffe, Thomas, il faut une double blessure.

Ta pauvreté, c’est Ma place.

Accepte Mon amour

Accepte Mon pardon »

 

J’imagine Thomas ahuri, stupéfait, pleurant de joie au moment où il ne peut que balbutier : Mon Seigneur et mon Dieu !

 

C’est Pâques, le passage de la nuit la plus obscure à l’aurore la plus belle. Désormais, ce sera Pâques pour chacun de nous, tous les jours jusqu’à la fin du monde, jusqu’au dernier « passage » qui nous conduira à cet univers nouveau, où l’homme vivra grandeur nature, en plénitude !