Le plus grand missionnaire - 1

Saint Paul, Le plus grand missionnaire
de tous les temps

 

Introduction

 

Rome (Agence Fides) - Saint Paul « brille comme une étoile de première grandeur dans l'histoire de l'Eglise, et non seulement celle des origines. » (Benoît XVI, Audience du 25 octobre 2006). Figure riche et complexe, l'Apôtre des nations avant d’être l’auteur de lettres dont nous héritons aujourd’hui, est un missionnaire. Sa rencontre avec le Christ sur la route de Damas est la source de toute sa prédication et de sa théologie. Il parcourra le bassin méditerranéen souffrant la persécution, affrontant les dangers des voyages, oeuvrant sans craindre la fatigue. Il mettait son orgueil à annoncer l’Evangile là où personne ne l’avait fait avant lui.

 

En cette année consacrée à l’Apôtre des nations, contempler cette figure emblématique et fondatrice permet de recevoir un nouvel élan pour la mission. Cela implique tout d’abord de regarder la personne même de saint Paul. La connaissance de son origine géographique et religieuse permet de mieux appréhender la nature du bouleversement opéré par la rencontre avec le Christ, mais aussi comment son être a pu être transformé et mis au service de la mission. Dans un second temps nous regarderons comment Paul a compris et mis en œuvre sa vocation missionnaire. Qu’est-ce qu’un apôtre ? Comment l’identifier ? Il sera intéressant aussi de voir très concrètement à qui Paul s’est adressé, en quels lieux. Comment annonçait-il l’Evangile ? Quelle place avait la prédication, les miracles et les charismes dans son ministère. Tout cela devrait nous aider à mieux percevoir les mécanismes fondamentaux de toute mission.

 

 

 

Qui est Paul ?

 

Son origine

 

Géographie et chronologie

 

            Saint Luc indique que Paul serait né à Tarse (Ac 22,3). Ses parents émigrèrent en cette ville, probablement déportés par les romains. Affranchis, ils reçurent à ce moment là la citoyenneté romaine qu’ils transmirent à Paul (Ac 25,11-12). Nous savons aussi qu'il avait une soeur et un neveu (Ac 23,16). Paul grandit dans la ville de Tarse (Ac 9,11.30 ; 11,25 ; 21,39 ; 22,3), capitale de la Cilicie, actuellement en Turquie.

 

            Cette ville était grande et riche. Située sur une des routes les plus fréquentées du monde antique, porte vers l’est de l’Asie mineure, elle était aussi réputée pour la qualité de ses lins. Nous avons peut être ici une des raisons pour lesquelles Paul apprit le métier de fabriquant de tentes. Tarse avait une administration propre avec ses magistrats élus et sa monnaie. La présence juive tout au long du 1er siècle ap. JC est bien attestée. La ville s’opposa à Cassius, le meurtrier de Jules César  en 66 av. JC. Marc Antoine la récompensera en lui faisant de Tarse une ville libre et non soumise aux impôts.

 

            Cette ville est aussi connue comme étant un haut lieu pour l’éducation et la philosophie. Strabon, dans sa Géographie (14.5.14), souligne que pour l’éducation, Tarse dépasse Athènes, Alexandrie et tout autre lieu. Il note l’excellence de ses écoles de rhétorique. Les philosophes stoïciens en avaient fait leur demeure de prédilection et il n’était pas rare de croiser l’un ou l’autre qui exposait dans la rue sa doctrine. Saint Paul reçut cette culture dans son éducation. Ses lettres sont souvent construites à l’aide de lieux communs, d’arguments tirés de la culture philosophique et dramatique de son temps.

 

            Les éléments les plus sûrs de la biographie de Paul sont sa rencontre du Christ près de l'an 32 et la captivité à Rome en 60-62. Il aurait été martyrisé à Rome entre 63 et 67. Certains points restent impossibles à déterminer avec précision, par exemple le nombre de voyages faits. Les hypothèses varient entre 2 et 4, 3 étant le plus vraisemblable. Les grandes étapes de sa vie sont sa formation à Jérusalem aux pieds de Gamaliel (Ac 22,3), la persécution des chrétiens dans les années qui suivirent et sa rencontre avec le Christ sur le chemin de Damas au début des années 30, la rencontre des apôtres à Jérusalem et la mission vers les païens, sa mort à Rome.

 

Paul, juif

 

            Paul parle de lui-même à quelques reprises, nous permettant ainsi de comprendre qui il était. Il donne des informations importantes en Ph 3,5-6 : « circoncis dès le huitième jour, de la race d’Israël, de la tribu de Benjamin, Hébreu fils d’Hébreux ; quant à la Loi, un Pharisien. » Il a été circoncis le huitième jour. Cela atteste de l'excellence de son origine : Paul a été circoncis dans les limites fixées par la loi de Moïse en Lv 12,3. "Israélite" est une expression technique qui souligne l'appartenance religieuse. "De la tribu de Benjamin." Cette appartenance est source d'honneur dans le judaïsme pour différentes raisons. Benjamin est le fils de Rachel, femme préférée de Jacob, le seul né dans la Terre Promise (Gn 35,16-18). Cette tribu a donné le premier roi à Israël (1 Sm 9,1-2), et elle est restée fidèle à la dynastie de David (1 R 12,21). Avec la tribu de Juda c'est le premier groupe à reconstruire le temple après l'exil (Esd 4,1). C'était donc un honneur d’appartenir à cette tribu. « Hébreu fils de d’hébreu », c'est-à-dire d'une famille aujourd'hui nous dirions "pratiquante", qui observe la loi de Moïse et parle araméen. Ces versets nous présentent donc un juif parfait.

 

            Paul se présente aussi comme pharisien. Ceux-ci étaient connus pour leur attachement à la loi de Moïse, mais aussi à la loi orale. Cette loi orale sera mise par écrit à partir du second siècle et sera connue comme étant le Talmud. Joseph Flavius, historien juif au service des Romains écrit : « les pharisiens ont imposé sur le peuple beaucoup de lois de la tradition des pères qui ne sont pas écrites dans la loi de Moïse » (Antiquités Juives, 13.297). Cela se retrouve dans les épîtres de l’Apôtre lorsqu’il dit qu'il était fanatique « de la défense des traditions de mes pères. » (Ga 1,14) Les lois concernant l’alimentation, la cashroute, avaient pour eux un sens important. Elles définissent le peuple élu symboliquement comme séparé du reste de l'humanité. La nouvelle foi, au sein même du judaïsme, remettait complètement en cause cette distinction. Cela était intolérable pour le pharisien convaincu qu’était Paul. Nier cette loi et affirmer que le salut était ouvert à tous  était mettre l'Israël en danger de mort.

 

            Cependant, cette description ne doit pas nous conduire à imaginer un homme enfermé dans sa culture religieuse. Nous avons vu dans quel contexte Paul a grandi à Tarse. La lecture des épîtres de Paul nous confirme qu'il a non seulement été formé dans la synagogue, mais aussi dans un milieu grec. Sa connaissance de la rhétorique grecque et les citations ou allusions aux auteurs classiques montrent qu'il a étudié ces sujets  au moins jusqu'à l’âge de 14-15 ans. Il est ensuite allé à Jérusalem étudier la tradition de ses pères auprès de Gamaliel. Les rabbins eux-mêmes à cette époque n’hésitaient pas à faire lire à leurs étudiants les auteurs grecs. L’univers culturel et intellectuel de Paul est donc très large.

 

 

(Dossier par P. Jean Baptiste Edart - Agence Fides 28/06/2008; Directeur Luc de Mata)